Matthieu 4, 1-11 Les tentations du Christ
Aujourd’hui, premier dimanche du Carême, nous entrons dans un temps particulier.
40 jours pour cheminer avec le Christ, nous replacer devant Dieu dans une relation intime.
40 jours pour raviver notre foi, sortir d’une forme de ronron spirituel qui nous guette parfois.
Jésus vient d’être baptisé.
Il a solennellement été déclaré et reconnu Fils de Dieu. Le voilà assuré d’une relation unique et singulière avec Dieu, son Père.
Alors qu’au début de son évangile, Matthieu l’inscrit dans sa filiation humaine à travers sa généalogie.
Comment Jésus va-t-il vivre cette double filiation ?
Tout commence par une mise à l’épreuve, forte, décisive, une sorte d’examen d’entrée dans son ministère.
40 jours de solitude, de faim, de soif, dans la chaleur étouffante et l’aridité du désert, sans oublier les nuits froides peuplées de scorpions, serpents et autres charmantes créatures.
Et c’est laminé par ces 40 jours éprouvants que Jésus doit faire face à trois tentations.
Pour les auteurs bibliques, le désert est tout sauf une destination touristique, c’est le lieu de toute les peurs fondamentales de l’être humain !!!
Car dans le désert, elles sont concrètes et réelles : physique, spirituelle et existentielle.
La peur physique, d’abord, peur de la faim, de la soif jusqu’à en mourir.
Avoir faim dans le désert, c’est l’incarnation concrète de l’être humain en état de manque,
quand ses besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits
La peur spirituelle:
Le désert comme symbole de la peur du vide, de l’absurde, du non-sens.
Et si l’univers n’était qu’un grand désert vide de toute présence aimante
Et si Dieu n’avait aucun intérêt pour l’humanité…
Et si Dieu n’existait simplement pas,
La peur existentielle enfin.
Le désert concret comme symbole du désert affectif qui peut être parfois le nôtre… de n’être rien, juste un grain de sable sans aucune valeur ni à ses propres yeux, nos aux yeux des autres…
Image concrète de l’angoisse viscérale d’être rejeté, de ne pas être aimé, de sombrer dans l’isolement et la solitude.
Alors le premier acte de la vie de Jésus le Messie et de Jésus Fils de Dieu ?
Se confronter à nos peurs humaines les plus tenaces et nos angoisses les plus incontournables.
Dans la Bible, elles sont investies par la figure mythologique du diable.
Tour-à-tour séducteur, tentateur, accusateur, manipulateur, diviseur,
il représente la force destructrice des peurs et des angoisses qui nous hantent.
Dans le cas présent, l’alternative que le diable propose à Jésus est simple :
« Soit tu es un homme, rien qu’un homme à la merci de ses manques, ses peurs et ses échecs.
Soit tu es dieu, qui nage dans l’abondance sans limite, dans une sécurité sans égale
et qui dispose de ce qu’il veut, quand il veut.
La proposition du Diable est simple : inciter Jésus à utiliser sa divinité pour échapper à son humanité, ses limites et ses peurs par 3x
1 – Changer les pierres en pain… subtil le diable !
Il propose à Jésus de l’aider. Cette tentation semble avoir du sens. Elle répond à un besoin vital, physique.
Cette tentation qui touche à notre peur de manquer, elle fait miroiter la satisfaction immédiate de nos besoins. « Tout ce que je veux, quand je veux, comme je veux. »
Jésus oppose une autre voie qui nous interroge sur notre relation à nos besoins. Est-ce que nous vivons pour assouvir nos besoins ou sommes-nous appelés à quelque chose de plus grand qui donne sens et direction à notre existence ?
- Deuxième tentation : sauter du toit du temple pour forcer Dieu à agir, exiger de lui une démonstration éclatante de sa protection, se sortir d’une peur bien spirituelle cette fois.
C’est l’enfant qui teste l’amour de ses parents en se mettant en danger pour voir s’ils viendront toujours le sauver. De même le croyant peut tester Dieu en particulier dans les périodes difficiles, « prouve que tu es là, que tu m’aimes et que tu es puissant ».
Nous aussi parfois, nous avons envie de demander à Dieu des signes visibles, des preuves évidentes de sa présence. Cette tentation touche à notre difficulté à faire confiance sans voir et sans expérimenter et aussi à notre peur du doute, de l’absurde, du non-sens.
Seulement quand on aime vraiment quelqu’un et que l’on place en lui sa confiance… on ne le manipule pas pour qu’il nous démontre son amour…
On lui laisse la liberté de le manifester…
Jésus refuse une foi basée sur la manipulation ou la peur, confiant dans la fidélité de Dieu.
3 – Avoir le monde entier à sa disposition et toute l’humanité qui le compose… ? Jouer la carte du Messie politique, tentation du pouvoir et du contrôle du monde… Oui nous sommes, comme humains, attirés par le pouvoir, le besoin de reconnaissance, de réussite.
C’est, par exemple, le leader politique ou le chef d’entreprise qui utilise la manipulation pour arriver à ses fins, croyant que l’important est de réussir, même au détriment des autres. Chercher la puissance et peut-être même la toute-puissance pour se donner de la valeur, pour se rassurer.
Jésus propose une autre voie : il choisit la méthode de Dieu pour gouverner le monde. Servir, toujours, sans aucune exclusion. Se rappeler que le vrai bonheur ne vient pas du pouvoir mais de relations authentiques et du don de soi.
Tout au fond et fondamentalement, le diable propose à Jésus d’accomplir sa mission sans passer par la croix, et sans entrer dans notre humanité, une royauté sans passage par l’amour, le service et le risque
C’est cela précisément que Jésus refuse, rejette.
Alors, oui un jour, il sera seul dans le jardin de Gethsémané, le plus grand désert de sa vie.
Un jour, il sera comme suspendu au-dessus d’un abîme de peur, d’angoisse, de doute.
C’est là au cœur de la peur, de l’angoisse et du doute qu’il fera l’acte de confiance suprême.
Dans ce récit haut en couleurs des tentations … confronté à tous les déserts de notre vie… Jésus, le Christ, le Messie, le Fils de Dieu a choisi notre chemin, le magnifique chemin de la vraie humanité. Amen